Guy Lacroix – 44 ans – Bois dAmont

Dans la forêt du Risoux, je suis chargé du secteur (« triage ») des Rousses. Avant, j’ai travaillé ailleurs en France, dans beaucoup d’autres forêts. Et cela me permet de mieux apprécier le Risoux !
Je vis un lien intime avec cette forêt. Je me la suis un peu appropriée. C’est « ma » forêt. Ce n’est pas vrai, puisque je n’en suis que le gestionnaire, pas le propriétaire. Mais je reconnais que j’y place un côté affectif très important. C’est aussi un gage de bonnes connaissances de la zone, et cela garantira leur bonne transmission.
J’estime que c’est une chance de travailler dans le Risoux. Cette forêt est mythique dans la profession. Au niveau national, elle évoque quelque chose… Le Risoux est très riche, très prisé, très convoité : par les producteurs de bois, par les protecteurs de la faune et de la flore, par les partisans des sentiers de randonnée, par les traceurs et les utilisateurs de pistes de ski de fond… Car le Risoux, c’est aussi le grenier à neige du Haut-Jura ! Difficile parfois de faire cohabiter tout le monde, mais passionnant !
Le Risoux est un modèle de gestion en futaie jardinée, en opposition à la futaie régulière. Ici, le passé, le présent et l’avenir de la forêt sont intimement liés, dans un mouvement perpétuel et très lent. Cette gestion est la méthode la plus proche de la gestion « naturelle ». On intervient simplement pour éviter l’anarchie, mais l’esprit de cette gestion traditionnelle reste le même qu’il y a des siècles. On gère en « bon père de famille », on prélève nos besoins, pas plus. La production ici est de 3 m3 par hectare, contre 10 m3 dans d’autres forêts de plaine… On refuse l’exploitation de masse et la standardisation des coupes. La taille des bois est très diversifiée.
Malgré leur production restreinte, les bois produits ici, de l’épicéa à 80%, sont l’image de marque de certains scieurs. Ils sont d’une résistance exceptionnelle. Le rêve pour la construction, les charpentes, les poutres… Le nec pus ultra, c’est pour la lutherie. Les bois du Risoux ont une veine régulière, issue d’une croissance lente et verticale, pas de nœud… Cela garantit une grande cohésion du bois, ce qui influe sur la qualité des tables d’harmonie.
Mon rôle ici est de guider la Nature, aller avec, jamais contre. Car il faut rester humble. Même si on peut aller très loin dans le côté néfaste, notre influence reste tout de même limitée… En tout cas, côtoyer des arbres qui ont vécu la Révolution française, cela fait aussi réfléchir sur la portée de son propre passage sur Terre…
Je me sens bien en forêt. C’est mon refuge. J’y cultive mon côté solitaire et indépendant. Mais je cherche aussi le contact avec les publics. Au-delà des contrôles et de la répression, qui font aussi partie de ma mission, j’entretiens une présence, une ouverture, un dialogue. C’est finalement ça le plus important.























