Isabelle Genest – 37 ans – Thoiry

Je suis originaire de l’Allier, et j’ai atterri dans les Monts Jura le 2 août 1987, complètement par hasard. Ici, j’ai deux vies : l’hiver en plaine, à la Bergerie de Baisenaz, et l’été « là-haut », à mon alpage du Crozat, sur le Montrond, à 1 400 m d’altitude. Ces deux vies sont essentielles pour moi. Je suis heureuse de monter à l’alpage, généralement à la Pentecôte, et à la fois heureuse d’en redescendre !
Ces alpages me sont indispensables pour nourrir mes bêtes l’été, car il n’y a bientôt plus de terrains agricoles en plaine… Tant mieux pour moi, car j’adore être « là-haut » !
En alpage, je vis la Montagne 24 heures sur 24, avec les bons et les mauvais côtés. Tout n’est pas toujours facile, mais c’est très souvent très plaisant, même en cas d’orage : les brebis s’excitent, les bêtes sauvages s’affolent… c’est très animé ! « En haut », les rapports avec la Nature sont plus marqués, on ressent plus profondément les phénomènes naturels : orages, brouillard, sons, couchers de soleil… Les points de vue sont magiques : le balcon sur les Alpes d’un côté, la ligne des crêtes du Jura de l’autre… Les rapports humains sont également plus sincères, plus étroits, plus vivants… plus simples en définitive. J’observe beaucoup de respect et de curiosité parmi les randonneurs que je peux croiser (le GR 5 passe devant mon chalet) , même si je rencontre quand même des inconscients… Je peux leur expliquer mon travail, mon utilité dans la gestion de ces paysages qu’ils aiment tant. Car la Montagne a besoin d’être entretenue par les troupeaux, pour éviter qu’elle se referme et devienne très hostile.
A mon avis, la Montagne n’est belle que quand elle est habitée, occupée par les animaux. Je suis désolée quand je vois des alpages inanimés… Il faut du bruit, des cloches, des clochettes ! Moi, avec mes 900 bêtes (400 agneaux et 500 brebis, dont 200 laitières), je ne passe pas inaperçue ! J’occupe le terrain !
Je me sens bien dans ce Jura. J’y trouve l’apaisement que je ne trouve pas en plaine. C’est ma cure d’oxygène permanente.














