Pierre Jouille – 61 ans - Les Gras

Je suis installé aux Gras, au-dessus de Pontarlier, et j’aime les paysages, je me sens concerné par l’évolution de la Nature.
Mon travail consiste à apporter des solutions de paysages qui correspondent aux scénarii que les réalisateurs m’envoient. Je suis le maillon entre les gens qui ont une histoire à raconter et les lieux où pourraient se passer cette histoire. Je travaille beaucoup avec l’imaginaire des auteurs.
Par exemple, le décorateur de cinéma John Howe cherchait des décors pour les prochains Seigneurs des Anneaux : il s’est naturellement tourné vers des lieux jurassiens forts : château de Joux, Baume-les-Messieurs, le Hérisson, la vallée de la Loue, les falaises, des paysages karstiques… ils correspondent à son imaginaire très « heroïc fantasy », à son goût pour les légendes médiévales… John Howe va s’approprier ces décors, et s’en inspirer pour recréer artificiellement sur ordinateur ce que le scénario exige.
C’est Pierre Bichet, le peintre, qui m’a donné le goût des repérages. Il m’a appris le « sens du cadre ». Il m’a donné le goût de l’esthétique à partir des paysages jurassiens. Et pour mon travail, ces paysages sont une chance inouïe : en 30 km à la ronde, on change dix fois de paysages. En montagne, Il y a quelque chose de différent derrière chaque ligne de crête.
Je suis un adepte du proverbe : « Ta maison appartient aussi à celui qui la regarde ». Les Anciens avaient déjà compris que le fonctionnel faisait aussi l’esthétique… Les fermes du Haut-Doubs en sont les preuves vivantes… Elles ont été construites par rapport au Soleil, aux points d’eau… Le tuyé ne servait pas seulement à fumer les salaisons, mais aussi à assainir la maison.
Je pratique aussi le ski de fond (7 participations à la Transjurassienne quand même !), et cela m’aide dans mon travail de repérages. Je sais où l’on peut trouver de la neige tard dans la saison.
En fait, j’ai du mal à parler de ces paysages jurassiens, car je suis en osmose totale avec eux… Je vis totalement avec les saisons. Je me rends compte de leurs richesses quand je pars… et quand je reviens ! Il faut des racines, c’est évident, mais aussi des branches…
Le Jura, c’est horizontal, allongé, ouvert, en douceur, apaisant… cela correspond à ma recherche intérieure. Je trouve mon équilibre dans l’apport aux autres. Je trouve ma place dans le monde en tant que maillon d’un grand Tout.























